Nécessité d'une méthode

Le bridge est un jeu de calcul qui consiste, pour l'essentiel, à se fixer un but en fonction des moyens que l'on a (le contrat, défini au cours de la période des annonces), et à mettre ensuite en œuvre les moyens dont on dispose, c'est-à-dire les cartes du déclarant et celles du mort, pour atteindre ce but, tandis que les flancs utilisent leurs cartes pour s'opposer à la réalisation de cette intention. Pour jouer convenablement au bridge, il est donc nécessaire d'adopter une méthode d'annonces homogène, qui soit la même que celle de son partenaire, et d'apprendre à manipuler convenablement les 13 cartes que l'on a en main. Dans la mesure où on est amené à jouer avec des partenaires extrêmement différents, il est souhaitable que le système d'annonces adopté ait un caractère à peu près universel.

C'est après la Première Guerre mondiale que les grands joueurs américains Milton Work (1925), Ely Culbertson (1928) et Charles Goren (vers 1930-1932) ont mis au point des méthodes d'évaluation de la main qui ont été répandues en France, notamment par Pierre Albarran et Albert de Nexon (1935).

Milton Work
Charles Goren
Pierre Albarran
Ely Culbertson
Milton Work
Charles Goren
Pierre Albarran
Ely Culbertson

Culbertson a été considéré, jusqu'à une date encore relativement récente, comme l'oracle du bridge moderne. En fait, les principes d'évaluation des mains qu'il avait posés ont été progressivement abandonnés, et, de nos jours, le fameux slogan : « 99,44 % des bridgeurs dans le monde jouent Culbertson » n'a plus aucun fondement. Par contre, les travaux de Culbertson sur le jeu de la carte sont toujours valables, et les plus grands joueurs contemporains, les grands champions qui triomphent dans les tournois internationaux appliquent encore bon nombre de ces principes, même si, parfois, ils les ont quelque peu dénaturés.

Cela dit, comment un débutant, qui connaît, en tout et pour tout, les règles générales du bridge, doit-il s'y prendre pour devenir un joueur honnête ?

1 - Il doit d'abord se méfier comme de la peste de tous les conseils qui peuvent lui être prodigués sans méthode, au cours des parties libres qu'il aura l'occasion de faire avec des joueurs qui lui semblent plus expérimentés que lui. Non pas que ces conseils et observations soient, a priori, inexacts, mais parce qu'ils seront, en général, contradictoires, dans la mesure où il existe plusieurs méthodes d'annonces, au milieu desquelles le débutant risque de se noyer.

2 - II a intérêt à se munir d'un bon manuel, dans le genre de ceux que nous citons en Bibliographie, ou bien des conseils d'un professeur exerçant son activité dans le cadre de la Fédération de Bridge. Il apprendra ainsi, en quelques heures, le B-A BA du bridge : comment évaluer une main, comment l'annoncer dans les cas les plus courants, comment répondre aux annonces classiques, etc. Signalons que, parmi tous les systèmes qui ont été proposés, celui qui est le plus couramment joué, dans le monde entier, est le système dit de la longue. Les méthodes plus sophistiquées, comme la pratique systématique des enchères dites inversées, le canapé, etc., peuvent être étudiées ultérieurement. De toute façon, on ne peut les employer qu'avec un partenaire les connaissant parfaitement, ce qui n'est pas toujours très fréquent (du moins en partie libre).

3 - L'apprentissage du jeu de la carte est plus long et plus délicat. Il faut d'abord apprendre à manipuler les cartes, bien retenir un certain nombre d'adages classiques sans oublier que, très souvent, ils connaitront des exceptions. S'exercer, en étalant les quatre jeux sur une table, à diverses combinaisons. Le jeu de la carte n'est pas uniquement une affaire de méthode, c'est aussi une affaire de bon sens.

4 – Il lui faudra enfin s'armer de beaucoup de patience. Car tous les principes qu'il aura appris dans les livres, toutes les combinaisons qu'il aura expérimentées «  cartes sur table », lui paraîtront extrêmement lointaines lorsqu'il se trouvera aux prises avec trois joueurs chevronnés. Il sera alors dans la situation d'un skieur qui n'aurait jamais connu les pistes neigeuses des Alpes, et qui aurait appris à skier uniquement sur Internet. Ses premiers pas sur la neige risquent d'être catastrophiques. Cette patience sera vite récompensée. Un joueur qui passe quelques heures par semaine à s'entraîner méthodiquement devient, en quelques mois, un partenaire passable. Au bout d'un an, il peut aborder les parties difficiles et, s'il est doué et s'il a du temps, il peut devenir, peu à peu, un grand joueur.